Le Cyberpunk

Le cyberpunk

Article initialement publié le 11 Octobre 2012 

Tout d’abord si vous voulez pleinement profiter de cet article allez ici:  et laissez jouer ce morceau de musique en fond. La fiche wikipédia sur le cyberpunk propose une liste de musique dites cyberpunk, mais si il y en a bien une qui pour moi représente parfaitement le genre, c’est celle ci.Qu’est ce que le cyberpunk ?

Ou plutôt qu’est ce qui le caractérise ?

Ce sont des récits d’anticipations, se déroulant dans un futur proche et plausible, souvent sombres, qui projettent les peurs et fantasmes d’aujourd’hui.
La toile de fond habituelle est un capitalisme des plus sauvages qui ravage la planète et asservi les hommes à travers ses tentaculaires multinationales, en réponse à cela nombre de déshérités choisissent un mode de vie punk (ou cyberpunk), ils hackent les systèmes informatiques pour devenir incontrôlés et incontrôlables.
Le rapprochement est évident avec l’Angleterre Tatchérienne et la naissance du mouvement punk, qui lui aussi se développa en réaction à une poussée anti social du capitalisme.
Une date et un lieu de naissance communs pour le punk et le cyberpunk, le premier bien ancré dans la réalité, le second anticipant le round deux des conflits de cette société industrieuse, notamment via le livre  « Neuromancien » de William Gibson.

L’un des ingrédients majeurs est le cyborg, c’est à dire un être humain qui voit une partie de son corps remplacé par des prothèses robotiques. Mi homme, mi machine, son humanité reste toutefois prépondérante et il ne faut pas le confondre avec l’androïde qui est, lui, une pure machine, mais d’ aspect humain. (Ex : Le docteur Ash dans Alien premier du nom.)

Pourquoi je suis là à vous faire la leçon sur ce qu’est le cyberpunk, et à faire la nique à wikipédia ?

Parce que j’ai acheté le jeu Deux Ex : Human Revolution, et que j’y joue, et que c’est bon.

J’avais joué au premier épisode il y a une dizaine d’année, un jeu qui m’avait marqué à l’époque par la possibilité au sein d’une intrigue complexe de choisir son camp : je n’étais plus nécessairement le représentant implacable de l’ordre mais je pouvais rejoindre les rangs de la contestation, chacun de mes actes ayant une influence sur la réaction des PNJ (Personnage Non Joueur) à mon égard. Si j’avais la gâchette trop facile on me reprochait la mort inutile de mes opposants, si j’étais trop tendre envers ces salauds de terroristes mes collègues flics pouvait douter de mon implication.Avant de parler plus en détail de Deux Ex je remonte à nouveau dans le temps d’une dizaine d’année.
Là.
Au début des années 90.
Je suis un jeune ado et je fais ma première rencontre avec le cyberpunk. Dans une grande salle de MJC éclairée au néon je flashe sur la couverture du jeu de rôle « Shadowrun », avant d’enchaîner avidement les parties.Shadowrun, comme la couverture (celle-ci) et son nom l’illustre très bien, nous plonge dans une ambiance de résistance face un ordre régit par des trusts mondiaux implacables. Une résistance incarnée par des « coureurs de l’ombre » qui pour certains sont capables de hacker les sécurités informatiques.
La particularité de Shadowrun tient au fait que le magie est elle aussi présent dans l’univers : elfes, nains et autres dragons ont refaits surface, et les Shadowrunners ne sont pas forcément des gens de biens mais aussi des mercenaires s’offrant au plus riche.
Là où mon imaginaire d’adolescent boutonneux fut enfiévrer au delà du raisonnable, c’est lorsque ce jeu de rôle décrivait un univers parallèle informatique, la « matrice », qui couvrait l’ensemble du monde.
Incroyable.
A l’époque ce que je pouvais trouver de plus ressemblant à la matrice devait être l’interphone de l’immeuble…
Pas d’ordinateur (du moins chez moi), pas de terminaux de sécurité informatique dans la rue à hacker et encore moins d’Internet. Une évolution qui paraissait tout autant envisageable à l’époque que l’invisibilité aujourd’huiA quoi cette matrice peut elle ressembler ?

La réponse on l’aura avec le film le « Cobaye » (d’après Stephen King, 1992), qui proposa à l’époque les premières images virtuelles de ce que pouvait être cette réalité parallèle informatique.
Un choc visuel !
Mais les effets spéciaux du film furent rapidement dépassés, car à partir de ce moment  (et ce n’est pas prêt d’être terminé) les films américains connurent une constante surenchère des trucages en trois dimensions.
L’année d’après sorti « Jurassic park » de Spielberg et le coup d’essai que fut le Cobaye tomba rapidement dans l’oubli.

Mais revenons au présent, en compagnie du charmant Adam Jensen, héros que l’on incarne dans Deus Ex. Des implants à travers tout le corps, des lunettes noires, une grande gabardine et des épaules de déménageur. Oui ses épaules justement, elles sont vraiment très larges et sont l’attribut d’un héros que j’aurais aimer parfois un peu moins viril, d’autant que l’ensemble du jeu peut se faire sans tuer qui que ce soit, sûrement que de nombreux joueurs fantasmes à l’idée d’incarner un mec qui en impose, pas moi. Ca va mieux quand il quitte son manteau…

Mais trêve de pinaillerie, ce jeu est génial ,c’est un monde ouvert,  qui propose pour chaque résolution de quête plusieurs possibilités : le combat frontal, le dialogue via des choix de réponses, la furtivité par des voies cachées et la neutralisation des gardes de façon silencieuse.
A chaque problème plusieurs solutions.
Voilà pour un gameplay bien rodé qui reprends les mécanismes du premier épisode (me demandez pas pour le deux, je n’y ai pas joué).Le gameplay ok, et l’esthétique ?Là encore c’est du grand art : ville à la dérive, chômage de masse et exploitation des ouvriers, ruelles sombres remplies de punks écrasés par les grands groupes industriels, notamment ceux qui développe les implants robotiques destinés à l’être humain.
Les gens ne sont pas dupes mais subissent le système, le plus souvent impuissants face aux milices armées. Le monde est vivant, cela se voit, et s’entends, par les bribes de conversation que l’on perçoit en tendant l’oreille dans les rues.
Clairs obscurs, éclairage flashy au néon, bouffées de fumée qui sortent des grilles d’égout au sol qui  s’opposent au design tout en rondeurs et clartés des dominants du système, au premier rang desquels se trouvent les patrons de trusts hi-tech.Le tout accompagné par une musique envoûtante, l’harmonie du jeu est à la hauteur des meilleurs film du genre.

Impossible d’ailleurs de ne pas penser à Blade Runner lorsque l’on arrive à Shanghai, on s’attend à voir Harrison Ford accouder à une échoppe de rue, en train de manger une soupe de pâte.
Bref, Deus Ex Human Machine est d’ors et déjà une oeuvre majeur du genre cyberpunk.

Si vous aimez les jeux vidéo foncez !Et même si vous n’aimez pas trop ça, que vous n’aimez pas utiliser votre souris pour pointer des armes sur des personnages en pixels, le jeu propose une version débutant qui fait la part belle à l’histoire et aux ambiances.
Voilà pour la publicité faite au jeu, c’est un coup de cœur, et non je ne suis pas rétribué par Eidos pour faire l’article (ils m’ont juste permis d’utiliser des images du jeu et je les en remercie )Enfin, pour terminer et puisque nous venons de faire un arrêt en Asie, comment ne pas évoquer « Ghost in the shell », premier du nom (1995). Chef d’oeuvre du genre (dont vous êtes normalement en train d’écouter la musique. Le morceau est terminé ? Relancez le ! Vous me remercierez plus tard), film d’animation tiré d’un manga dans un format inhabituel (45 min). C’est du pur cyberpunk, une œuvre qui introduit toutefois un nouveau concept clé : l’Intelligence Artificielle.
Ce n’est évidement pas Masamune Shirow qui inventé cette idée d’I.A., mais il l’utilise brillamment ici : l’héroïne de Ghost in the shell, membre d’une force de police spéciale, poursuit un hacker qui s’avérera être la première entité virtuelle consciente, le Puppet Master.A force de vouloir de créer des machines à l’image de l’homme, la Fée  Bleue est passée et a exaucé nos vœux.La machine enfanta un dieu.

Sur l’Intelligence Artificielle il y aurait tant à dire, mais je sortirais du thème du jour, ce sera probablement l’occasion d’un prochain article. Ce sont des sujets qui me passionne et je pourrais à cette occasion évoquer l’immense Isaac Asimov, auteur pilier du genre.

Si vous voulez continuer la lecture, des petites nouvelles que vous pouvez trouver ici : Aléatoire, Tahira ou Nous ne sommes que des bêtes… qui prennent place dans un univers futuriste aux teintes cyberpunk.

Illustrées par la talentueuse Elodie “Runi” Marze.Laurent Lagrue.